À l’occasion des États généraux du Portefeuille organisés du 9 au 14 décembre 2024 à Kinshasa, Patrick Ngulu Mbiobawhul, Administrateur Secrétaire Exécutif de l’Association nationale des entreprises publiques (ANEP), a présenté une réflexion sur le profil du mandataire public et les conditions nécessaires pour améliorer la gouvernance des entreprises du portefeuille de l’État.
Dans son intervention, il a souligné l’importance du choix des dirigeants appelés à gérer ces entreprises, considérées comme un levier essentiel du développement économique en République Démocratique du Congo.
Selon Patrick Ngulu Mbiobawhul, les entreprises publiques ont longtemps occupé une place stratégique dans l’économie congolaise. Depuis l’époque coloniale jusqu’aux premières décennies après l’indépendance, elles constituaient le moteur de la croissance économique. Il rappelle que la période de prospérité du pays, entre les années 1960 et 1980, a coïncidé avec celle de la performance des entreprises publiques. Cependant, cette dynamique s’est progressivement affaiblie.
Plusieurs facteurs expliquent cette situation, notamment la politisation des nominations, la mauvaise gouvernance et le clientélisme politique. La désignation de responsables sur base d’affinités politiques plutôt que de compétences a contribué à fragiliser ces structures et à réduire leur efficacité.
Pour l’ANEP, les entreprises du portefeuille ne doivent pas être intégrées dans les logiques de partage politique. L’organisation estime que la répartition du pouvoir entre acteurs politiques devrait se limiter aux institutions exécutives et législatives. Les entreprises publiques, en tant que personnes morales distinctes de l’État et des acteurs politiques, doivent conserver leur autonomie de gestion. Les soumettre aux logiques partisanes reviendrait à compromettre davantage leur capacité à contribuer à la relance économique du pays.
L’ANEP recommande ainsi que ces entreprises soient protégées des pressions politiques afin de leur permettre de jouer pleinement leur rôle dans la croissance économique et le développement social.
L’organisation plaide également pour une évaluation rigoureuse de la gestion des entreprises publiques avant toute reconduction ou nomination de nouveaux dirigeants.
Elle souligne que les réformes engagées ces dernières années dans le cadre de la promotion de la bonne gouvernance, notamment avec l’accompagnement de l’Inspection générale des finances, ont permis à plusieurs entreprises d’assainir leur gestion. Certaines d’entre elles parviennent désormais à stabiliser leur trésorerie, à payer régulièrement les salaires et à respecter leurs obligations fiscales.
Dans ce contexte, l’ANEP estime que certains mandataires méritent d’être maintenus à leurs fonctions, à condition que leur gestion soit évaluée de manière objective.
Pour renforcer l’efficacité de la gouvernance, l’ANEP recommande que les nominations des mandataires publics respectent strictement les dispositions légales prévues par les textes régissant le portefeuille de l’État.
Le profil recherché doit privilégier l’expérience et la compétence. Les candidats devraient justifier d’une expérience significative dans la gestion d’entreprise ou dans le secteur concerné.
Les critères évoqués incluent notamment :
au moins cinq ans d’expérience pour les titulaires d’un diplôme de maîtrise, DEA ou doctorat ; sept ans pour les détenteurs d’une licence ; dix ans pour les titulaires d’un graduat ; quinze ans pour les professionnels ayant acquis leur expertise sur le terrain.
L’ANEP recommande également de privilégier les cadres ayant déjà évolué dans l’entreprise ou dans le même secteur d’activité, estimant qu’au moins un tiers des mandataires publics devrait provenir de l’entreprise concernée.
Dans certains cas, elle propose aussi la nomination de deux directeurs généraux adjoints, dont l’un serait chargé des questions administratives et financières et l’autre des questions techniques.
L’organisation propose par ailleurs de revoir la présence des conseils d’administration dans certaines entreprises publiques. Dans les structures aux activités très limitées, ces organes sont parfois jugés coûteux et sources de tensions internes.
L’ANEP estime que seuls les établissements réellement opérationnels devraient disposer d’un conseil d’administration. Les membres de ces organes devraient être choisis sur la base de leur qualification, de leur connaissance du secteur et de leur intégrité.
Les entreprises publiques représentent près de la moitié du potentiel productif de la RDC et interviennent dans des secteurs stratégiques tels que l’eau, l’électricité ou les infrastructures. Malgré cette importance, elles ont longtemps souffert d’une gestion inefficace et d’une faible contribution à l’économie nationale. De nombreuses critiques sur la gestion des entreprises publiques ont été formulées au fil des années par différents responsables politiques et économiques.
Pour l’ANEP, le redressement durable de ces entreprises passe avant tout par l’application effective des principes de bonne gouvernance et par la nomination de dirigeants compétents, capables de placer l’intérêt général au centre de leur action.
